LES ÉCHECSJe me souviens quand j'étais enfant, que les grands, pendant les vacances d'été, passaient leur soirée autour d'un échiquier ; un souvenir associé à des fauteuils en rotin et des cocktails maison avec pleins de décoration qui finissaient dans ma boîte à souvenirs. Et ce silence où chacun, en plus des joueurs, fixait ces carreaux noirs & blancs sur lesquels on déplaçait des figurines… déjà je savais comment chacune bougeait, et surtout j'étais persuadé de savoir jouer, car l'enfant en moi se croyait doté de super pouvoirs, comme je croyais qu'avec mon petit vélo blanc je dépassais tous les cyclistes du tour de France ! Mais peut-être j'en étais resté au jeu de Dames qui n'avait pas la noblesse, le prestige, que l'on donnait au jeu d'échecs.
Quelques années plus tard, j'ai 31 ans, passé l'excitation d'avoir recommencer une nouvelle vie, je me retrouve sans repère, sans défis, et les souvenirs remontent… Est-ce que vraiment je savais jouer aux échecs, je ne sais plus très bien si je jouais ou pas avec les grands, ou si c'était un fantasme, ou peut-être qu'en voyant un échiquier des réflexes reviendraient, ou peut-être qu'en fait j'ai confondu ce que je voulais avec ce que je faisais effectivement… Le défi serait de me confronter avec la réalité. Je n'ai pas de jeu d'échecs. J'achète un livre mode d'emploi et me voilà à me débattre entre du familier et de l'inconnu… puis d'arrêter, de laisser là tout aboutissement possible car cela mettait dangereusement en doute mes souvenirs, mes rêves.
Puis, mon chéri arrive dans ma vie, il aime jouer aux échecs, et me confie un livre (1) qui lui a tout appris ! ça serait peut-être l'occasion… et il a le jeu où l'on peut jouer tout seul (2) , sans lequel je pensais qu'il me serait impossible de jouer ! Un jour, je feuillette le bouquin, un autre jour, on joue une partie contre la machine, encore un autre jour mon chéri me donne un cours particulier, jusqu'au jour où ça crie car il s'étonne que j'ai joué si mal, je le déçois. Tout l'attirail sur les échecs finit au fond d'un placard. Et puis un jour, comme ça, je ressors la machine, et je joue, et même je gagne. Et l'enthousiasme me gagne. Et là je suis prête à apprendre, à me perfectionner. Parce que certainement, et j'étais prête à suivre mes désirs d'enfant, et forte pour accepter les limites de la réalité. Et peut commencer pour nous des soirées sur des sièges en rotins, à siroter des cocktails maison, en fixant l'échiquier… Laurence Waki - juin 2006 (1) "Les échecs en trois jours" de Michel Benoit , ed Petite Bibliothèque Payot et aussi "Initiation aux échecs de Michel Noir, ed Marabout (2) Aurora - Kasparov, chez Saitek |
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